02 déc 2013
Pour cette nouvelle GéoInterview, nous avons choisi d'aborder une thématique d'actualité : les drones. Simples jouets pour certains, ils peuvent également être utilisés pour différentes missions allant de la cartographie classique jusqu'à des opérations de sauvetage. Avec un marché estimé à plus de 60 milliards de dollars, le domaine des drones civils est en pleine effervescence. Que sont exactement ces objets autonomes ? Quelles sont leurs potentialités ? Où en sommes-nous en France ? Nous tenterons de répondre à ces différentes questions au cours de cette GéoInterview avec un éclairage plus particulier sur leur utilisation dans le domaine de la cartographie d'urgence.

Vous trouverez ci-dessous, la vidéo de l'interview ainsi que le timing de celle-ci pour les plus pressés (merci à Jean-Pierre Vernusse de Agily Drones pour les infos timing) suivit enfin des réponses aux différentes questions. 

0 - Intro participants, tour de table

Partie 1a: ciblée sur la cartographie d'urgence, avec illustration en Haïti:

9'00 - Mission Drone Adventure en Haïti, présentation
13'00 - Coup de projecteur sur mission en Haïti

Partie 1b: ciblée sur l'utilisation drones en cartographie, ortophotographie:

17'00 - Avantage des drones pour de la cartographie
19'10 - Contraintes législatives, de pilotage et d'exploitation des drones
23'15 - Opération de drones en France, à l’étranger
29'45 - Vol automatisé ou manuel ?
32'30 - Timing de réalisation d'une mission drone en vol auto
35'55 - Processing des images pour orto-photographie et géoréférencement
39'10 - Améliorations encore nécessaires pour utilisation sur le terrain
43'30 - Logiciels d'orto-photographie disponibles sur le marché
46'02 - Plus-value apportée par les logiciels et drones en photogrammétrie
55'30 - Limites des drones en cartographie (météo, vent, ..)

Partie 2: Les drones, en France, à L'étranger. Utilisations, limites, évolutions

1h02'44 - Quelle terminologie : Drone, UAV, RPAS, .. ?
1h07'00 - C'est quoi un drone civil en France ?
1h08'50 - Le drone d'un point de vue juridique en France, en Europe
1h11'00 - Définition d'une zone peuplée en France, carte OACI, cas scénario S4
1h14'09 - Points sur les scénarios S1 à S4 en droit français. Feuille de route harmonisation Européenne
1h17'18 - État et évolution du marché drones en France et à l'étranger
1h29'00 - Logiciels de pilotage et de traitement de données: disponibles en 'open source' ?
1h35'20 - Quelles évolutions du drone (R&D) ? Hardware ? Logiciels ?
1h48'54 - Accès au marché 'environnement sensible' (nucléaire, sécurité, ..)
1h50'00 - 2volution du drone en France: utilisations média et industrielle.

Présentation générale

Pourriez-vous svp vous présenter brièvement ?

Avec cette troisième GéoInterviews, ce n'est pas un invité que nous accueillons, mais cinq ! Eh oui, nous voyons les choses en grand avec ce thème des drones. Pour quatre d'entre eux, notre choix a été guidé par le rôle qu'ont joué ces personnes dans un projet tout simplement extraordinaire : Drones Adventures. Mais nos questionnements s'appliquent aussi au territoire français, c'est pourquoi nous avons jugé pertinent de convier également M. Emmanuel de Maistre, Président de la Fédération Française Professionnelle du drone civil.

Voici donc nos invités qui nous ont fait l'honneur d'accepter notre invitation :

Frédéric Moine

Contributeur d'OpenStreetMap et responsable des opérations terrain
lors des missions en Haiti

Arnaud Deshogues
et Lorenzo Martelletti

En charge du pôle commercial chez Pix4D

Logo de Pix4D

Adam Klaptocz

En charge du pôle R&D chez senseFly
et fondateur de Drone Adventures
   

Logo senseFly

Emmanuel de Maistre :

Normalien et HEC Entrepreneurs
Dirigeant et co-fondateur de Redbird (opérateur de drones
depuis fin 2012)
et Président de la Fédération Française Professionnelle du drone civil (FPDC) créée en juillet 2013.

Partie 1 / Retour d'expérience sur les missions effectuées dans le cadre de Drones Adventures

 Pour commencer, pourriez-vous nous décrire le projet Drone Adventures et plus particulièrement votre mission en Haïti?

Drone Adventures est une association fondée en Suisse début 2013 avec le but de promouvoir les utilisations civiles de drones, notamment dans les domaines de l’humanitaire, la conservation, la culture (archéologie, tourisme, etc) et dans la réponse rapide aux urgences. Notre but est de présenter la technologie de drone à travers des missions phares que nous organisons aux 4 coins du monde et sur lequel nous communiquons par la suite à travers des vidéos, des images et des articles publiés sur internet.

Nous ne voulons pas vendre du rêve de ce qui est possible en 10 ans; nos missions poussent la limite de la techno, mais montrent surtout ce qui peut être fait aujourd’hui, avec la technologie existante déployée dans le terrain pour des buts utiles. Pour tous nos projets, c’est surtout important d’avoir un partenaire dans le terrain pour lequel le travail que nous faisons leur aide à mieux faire leur travail.

La première mission de Drone Adventures était dans le domaine de l’humanitaire. Nous sommes partis en Haïti pour une semaine de cartographie aérienne intense pour soutenir et promouvoir les efforts de nos partenaires de terrain, Fred avec l’IOM et OSM, qui sont actifs sur le terrain depuis plusieurs années déjà.

La vidéo décrivant une partie des missions réalisée est disponible ci-dessous:

Quels ont été les points forts des drones pour cette mission? Pourquoi le choix des drones plutôt que d’autres vecteurs aériens (ULM, avion, etc)?

Il y a plusieurs points clés qui donnent l’avantage aux drones par rapport aux avions ou satellites pour la cartographie immédiate:

  • Facilité d’utilisation et intelligence embarquée : des drones professionnels de type eBee sont autonomes et intelligents au point qu’il faut très peu de connaissance pour les utiliser. Les plans de vols se planifient automatiquement à partir d’une zone d’intérêt, même en 3D.  Ils décolent, volent, prennent des images et atterrissent tout seuls. Une prise en main d’une quinzaine de minutes suffit pour le faire décoller et paramétrer le plan de vol. Cela ne remplace cependant pas l’expérience et la formation pour que tous les vols se passent  bien. S'il y a un problème c’est souvent à cause d’erreur de manipulation de l’opérateur. Nous insistons donc sur la formation des pilotes UAV.
  • Rapidité : Le temps de déploiement d’un drone se compte en minutes. Les images peuvent être dans les mains de l’utilisateur dès l’atterrissage du drone.
  • Sûreté : Il y a un fort axe sur la réaction aux erreurs dans l’autopilote de l’eBee.  Tous les capteurs et l’état du drone sont constamment contrôler, et des dizaines d’erreurs possibles sont gérées de manière intelligente. En plus, à 700g, la légèreté de l’eBee présente un danger très minime aux gens et les infrastructures au dessus desquels il vole, même dans le cas d’une éventuele chute.(j’ai fait des tests sur le swinglet cam qui fait 500 gr et qui a une petite surface alaire, et tombe de façon oblique en planant.
  • Le cout : les images sont de très bonnes qualités cela permet de cartographier précisément la zone avant d’envoyer une équipe sur le terrain.
  • Le traitement des images : celui-ci est facilité par le logiciel de Pix4D, auquel nous allons ajouter un mini serveur portatif pour limiter le temps de traitement et pouvoir diffuser les images sur plusieurs ordinateurs simultanément. Il ne manque plus que des panneaux solaires pour etre completement autonome sur le terrain.

En terme de limite la principale est liée aux conditions météo: Le vent est un handicap, on peut voler avec des vents a 30-40 km/h apres cela devient difficile. Cependant on peut voler sous une couverture nuageuse, ce qui peut ẑtre utile parfois lors du passage d’un cyclone ou d'inondation.

En terme de logistique et de mise en oeuvre, combien de temps prend le paramétrage d’une mission?

Tout dépend de la complexité de la zone. Pour la plupart des situations, le planning est automatique et peut être fait en quelques minutes. Le logiciel peut même diviser des zones d’intérêt en plusieurs zones si un seul vol ne suffit pas.  Par exemple, sur la cartographie de Fort Liberté au nord de Haïti nous avons volé avec trois drones en même temps pour réduire le temps nécessaire pour prendre les images. Un autre exemple est celui du passage de Sandy en Novembre 2012. Nous avons pu très rapidement faire voler et paramétrer la mission sur place et ainsi disposer d’image avant et après, pour réaliser les premières analyses.

Ce qui peut prendre du temps, surtout pour les drones à aile fixe, c’est de trouver un endroit assez grand pour atterir. Un eBee par exemple a besoin d’environ 80m d’espace en longueur sans obstacle. Cela a surtout difficile pendant les vols que nous avons faits dans les zones urbaines denses de Port-au-Prince, où les endroits ouverts sont difficiles à identifier à travers des cartes de satellite souvent assez anciennes. Depuis peu, le ebee permet d'atterrir non pas en faisant des cercles autour du point de décollage, mais en ligne droite face au vent, c’est une option importante en zones urbaines, ainsi que le capteur optique qui permet de gérer les distances par rapport au sol lors de l'atterrissage et ainsi ralentir l’appareil.


Pour que les auditeurs comprennent, pourriez-vous nous décrire rapidement toute la chaîne de traitement de l’acquisition des images  à leur utilisation ?

Typiquement ça commence avec la définition de la zone d’intérêt. Ça peut être un quartier d’une ville, la ravine d’une rivière, le bord de la mer après un ouragan. Un polygone est dessiné dans le logiciel eMotion qui est livré avec l’eBee, et une résolution est défini, par exemple 10cm. Le logiciel ensuite calcul le chemin à prendre pour le drone, les altitudes des waypoints, les points où il faut prendre les photos, bref tous les détails du vol. Il faut ensuite choisir un point d’atterrissage après la mission.

Une fois dans le terrain il faut sortir le drone (ou les drones) de sa valise, attacher les ailes et brancher la batterie.  Le drone fait une série de tests automatiques de ses capteurs et attend un fixe de GPS. Il faut aussi sortir l’ordinateur ou la tablette, brancher la radio par USB et se connecter avec le drone avec eMotion. Le plan de vol va être chargé automatiquement sur le drone.

Une fois un GPS acquis, on prend le drone entre deux mains, on le secoue trois fois pour démarrer le moteur, puis on le lance, et c’est tout !  Le drone vol ça mission, prends les photos et reviens au sol quand la mission est finie.  L’opérateur peut à tout temps adapter la mission, envoyer des commandes si nécessaire.

Après l’atterrissage les images et le fichier ‘BlackBox’ qui contient les données du vol sont copiées sur l’ordinateur, puis le traitement d’image avec PostFlight Terra peut commencer.

Comment se déroule le traitement des images obtenues ? Quelles sont les informations qu’il est possible d’obtenir (images, MNT, contour, etc.) ?

Le logiciel développé par Pix4D permet de convertir plusieurs milliers d’images prises par différents drones, avions ou hélicoptères en orthophotographies et modèles 3D géoréfférencés. Géomaticiens et utilisateurs lambda peuvent ainsi bénéficier de résultats précis leur permettant de mesurer distances et volumes afin d’analyser l’environnement observé. La technique utilisée tire parti d’une combinaison experte entre la photogrammétrie traditionnelle et les techniques avant-gardistes du domaine de la vision par ordinateur ou “computer vision”.

Le processus classique est le suivant :


1. Suite au travail de terrain

  • Chargement des images.
  • Reconnaissance automatique de la caméra (pas de calibration particulière).
  • Reconnaissance automatique des coordonnées géographiques associées à chaque prise de vue.

2. Si disponibles, les points de contrôle au sol (GCP) sont intégrés afin d’améliorer la précision des résultats et leur géoréférencement.

3. Le Processus est lancé en un seul clic

  • Calibration, Optimisation, Génération du rapport de qualité...
  • Densification du nuage de points
  • Génération du Modèle Numérique d’Élévation et de l'Ortophotographie. En terme de précision, les résultats sont les suivants : 1-3 pixels d‘exactitude GSD=2 cm > 2 à 6 cm de précision.

4. Présentation des fonctionnalités les plus courantes (plus d'informations)

  • Calcul des distances, des volumes
  • Annotation d’objets sémantiques
  • Correction des distorsions sur les angles des bâtiments, suppression d’éléments gênants (voitures en mouvements) au sein de l’orthophoto
  • Réutilisation des résultats dans un workflow métier SIG et/ou DAO

5. Nouveautés

  • Retravailler au sein du nuage de points et des images en soit (cf. rayCloud plus loin) pour examiner le modèle et affiner le positionnement des Points 3D parmi l’ensemble des prises de vues disponibles.

Quelles différences ya t'il entre le traitement d’images qui se fait classiquement (ex avion), et celui par drones ?

La photogrammétrie et la vision par ordinateur ont en commun le fait qu’elles effectuent une recherche de mesure 3D à partir d'images permettant la stéréoscopie.
 
La photogrammétrie est un domaine mature, employé depuis le 19ème siècle proposant des résultats précis issus d’une chaine de traitement robuste et industrialisée associée à des caméras et capteurs haut de gamme (Le prix de la référence dans le domaine s’élève à 1M€ + Heures de vol) combinant:

  • haute résolution,
  • parfaite calibration,
  • précision optimale du géopositionnement et de l’orientation de chaque prise de vue.

En revanche, le traitement d’images réalisé suite à une acquisition par UAV est lui, plus souple, et accessible pour cartographier des territoires de plus faible superficie.
 
Même s’il doit composer avec des informations beaucoup plus aléatoires telles que:

  • Absence ou inexactitude des données GPS et d’orientation relative des images
  • Axes de prise de vue obliques
  • Divers appareils photo grand public non calibrés et aux filtres souvent intrusifs (contrastes, saturations...)

Le traitement automatique des d’images par Pix4D est rendu possible grâce un recouvrement plus important ainsi qu’à l’aide d’une quantité de données plus importantes.
La photogrammétrie traditionnelle tente de produire la meilleure cartographie possible avec un nombre minimal de photos via l’utilisation  de moyens et d’équipements haut de gamme.

Il faut souligner que la technique utilisée par les logiciels tels que Pix4D permet de traiter les images provenant de drones, mais aussi d’avions ou d’hélicoptères. L'inverse est, lui, plus difficile.

Quels ont été les défis technologiques auxquels vous avez dû répondre ?

Concernant les drones et plus équipement ceux de senseFly :

  • Intelligence artificielle: gérer un vol d’une manière automatique du décollage à l’atterrissage basé seulement sur les capteurs de l’autopilote. L’atterrissage linéaire avec une descente à 20 degrés et une précision de 5m est que possible à cause de notre expérience en capteurs optique, gagnée à travers plusieurs thèses doctorales.
  • Facilité d’utilisation : les clients de senseFly ne sont pas des modélistes. Il faut que le drone puisse être utilisé par le grand public sans nécessiter des formations complexes et surtout sans savoir piloter un modèle réduit ! Nous développons continuellement des outils pour faciliter la tâche de planification et desurveillance de vol.  Notre dernière mise à jour a notamment rajouté la visualisation de vol en 3D et l’adaptation du plan de vol à la base d’un modèle d’élévation de la terre, un outil clé pour tout ce qui est vol en terrain montagneux.
  • Sûreté et fiabilité :  Les clients de senseFly dépendent sur l’eBee pour faire tourner leur entreprise.  Ils veulent faire des dizaines voir des centaines de vols avec leur drone jour après jour sans besoin de réparation, des glitchs de logiciels, et tout ça dans des conditions météorologiques et géographiques difficiles.  Nous avons des histoires de drones qui ont fait plus de 300 vols sans maintenances.  Des eBees volent dans des vents de 40km/h, et ont même volé à plus de 5000m d’altitude pendant la dernière mission de Drone Adventures qui a cartographié le Cervin en Suisse.

Concernant le traitement des images réalisées par Pix4D :

  • Mise en oeuvre d’algorithmes complexes tirant parti de la solidité et de la maturité de la photogrammétrie sur laquelle sont venus se greffer les techniques issues du “computer vision” afin de proposer une plus grande souplesse d’utilisation. (eg. Prise de vue oblique notamment)
  • Proposer une interface ergonomique et simplifiée à nos clients tout en proposant l'obtention de résultats pertinents et de qualité comparables - voir supérieurs, à ceux proposés par les techniques traditionnelles. (Total station vs UAV)
  • Diversité des drones et des caméras associées : RGB, NIR,  IR, FishEye, tetracam, GoPro… avec lesquels nos clients peuvent aujourd’hui travailler.
  • Être à l’écoute d’une diversité d’utilisateurs composée de professionnels géomaticiens experts ou naissants, à travers le monde, s’intéressant à la cartographie par le biais des UAV. (eg. ESA et monsieur tout le monde > autrefois inaccessible)
  • Proposer un processus plus complet à l’utilisateur lui permettant de mieux tirer parti de la relation entre le nuage de points et des images afin d’affiner les objets 3D et le résultat final.

Avez-vous connaissance d’utilisation similaire des drones pour la cartographie d’urgence en France ? Pourriez-vous nous donner des exemples/expériences d’utilisation des drones (surveillance des incendies, foules, etc.)

Pas en France directement, mais il y a par exemple ce projet d'analyse de glissement de terrain :

Quelles ont été les limites observées lors de l’utilisation des drones lors de missions de cartographie d’urgence ? Sont-ils le meilleur moyen d’obtenir une carte ? Doivent-ils être combinés à d’autres modes d’acquisition de données ?

Pour moi (Adam), la limite des drones dans la cartographie est surtout dans la taille de surface. Les cartes de haute résolution créé par des drones sont complémentaires aux carte de grandes zones prises par des satellites. Une autre limite reste la météo, surtout le vent, en sachant que quand il pleut les satelittes ne peuvent pas non plus faire des cartes à cause des nuages.

De mon point de vue nous pouvons encore travailler sur la vitesse avec laquelle les orthomosaïques peuvent être mis dans les mains des gens qui en ont besoin. Le temps que le drone arrive sur le terrain, qu’il fini sont vol, que les photos sont traitées en orthomosaïque et puis diffuser aux utilisateurs (par internet par exemple) se compte toujours en heures, parfois même en jours. Je ne crois pas que cela est une limite par contre; l’optimisation de cette chaine est en cours, autant par les fabricants de drones comme senseFly que les développeurs de logiciels comme Pix4D et je crois bien que nous y arriverons dans les années (ou même les mois) qui viennent.  Il y a déjà des exemples de cartographie en real-time dans la domaine académique, comme dans ce projet en Autriche.

Discussion ouverte sur l’usage des drones pour la cartographie d’urgence

Pour commencer cette discussion ouverte, faisons un point sur le vocabulaire. Drone, UAV, UAS RPAS est-ce la même chose ? Quel terme faut-il utiliser ?

C’est encore vague. Le consensus international se dirige vers l’utilisation du terme RPAS. La règlementation française DGAC utilise d’ailleurs le terme “aéronefs télépilotés”. UAS est encore largement utilisé dans l’industrie. “Drones” a une connotation militaire dans le monde anglo-saxon et aux USA. Le même terme “drone” n’a pas cette image négative en France et est largement utilisé par les journalistes notamment car plus court et plus frappant que “RPAS”.

Afin que les personnes qui nous suivent comprennent, pourriez-vous nous faire une rapide typologie des différents drones (ex: Micro Air Vehicles, LALE, MALE, HALE)

En France la  règlementation a défini différentes classes de drones, de 0 et 150 kg. Les grands seuils sont : de 0 à 2 kg, de 2 à 4 kg, de 4 à 25 kg et de 25 à 150 kg.


Les Micro-drones et/ou mini-drones pèsent entre 2 à 25 kg environ, utilisés par les armées et le monde civil.

Les HALE, MALE sont catégorie de drones de longue endurance et moyenne ou haute altitude, réservés aux militaires.

Quels sont les autres domaines d’actions possibles pour l’utilisation des drones, pourriez-vous nous donner des exemples

Les utilisations sont vraiment diverses avec notamment :

  • Le suivi des constructions
  • la gestion des carrières et gestion des volumétries (calculs de stock, impératifs légaux)
  • L'Agriculture et application spécifiques liées au suivi des cultures (cartes de vigueur du végétal, NDVI)
  • La gestion de l’environnement et intervention en cas d'urgence
  • L'inspection d'ouvrages (ponts, barrages, éoliennes, etC.)
  • Le cinéma et photographie aérienne

Les marchés les plus murs sont actuellement : la topographie, la cartographie et les inspections d’ouvrages d’art. Suivent l’agriculture (cartes de croissance des végétaux) et la surveillance et maintenance industrielles de réseaux (électricité et énergie, pétrole-gaz, rails-routes).

Les drones soulèvent de nombreuses questions juridiques, respect de la vie privée etc. pourriez-vous nous faire un rapide état des lieux de la question en France et plus globalement à l’international ?

Dans le cadre commercial tel qu’il est actuellement défini en France, cette question est un non-débat. Il est en effet actuellement interdit de survoler des zones peuplées ou des habitations sauf dans le cadre du scénario “S3” qui est très encadré règlementairement, notamment au travers d’autorisations préfectorales. Il n’est pas possible de survoler une propriété privée (particulier ou entreprise) sans l’accord des propriétaires. Un opérateur qui contrevient à la règle est hors-la-loi. Par ailleurs, tout opérateur de drone est soumis aux mêmes règles que toute personne qui réalise des prises de vue aériennes avec notamment des déclarations préfectorales.

Au niveau international, la législation est différente dans chaque pays du monde et varie entre les pays assez permissifs, où les drones sont soumis aux mêmes règles que les modèles réduits, jusqu’à l’interdiction presque absolue d’utilisation commerciale, comme la situation actuelle aux États-Unis. En règle générale, il y a peu de pays où il est possible de voler hors de portée de vue. senseFly vends des drones dans des dizaines de pays différents, et nous travaillons avec nos revendeurs pour mieux comprendre et rendre nos appareils conformes aux lois locales.

Les règles sont en général basées sur des questions de sûreté plutôt que de vie privée. Même si la vie privée est une question très importante, il faut surtout assurer que les drones ne vont pas mettre en danger les autres acteurs de l’espace aérien et les gens aux sol. Les questions de vie privée vont être encore débattues pendant un long moment.

En France, les deux arrêtés du 11 avril 2012 régissent l'utilisation des drones. Existe-t-il une distinction entre les drones de loisirs (DJI Phantom, etc.) et les drones civils professionnels.  Pensez-vous que cela va évoluer et si oui dans quel sens ?

Il existe une distinction nette entre les “aéromodèles” (catégories A et B de l’arrêté d’avril 2012) et les “aéronefs télépilotés” (drones commerciaux, catégories C à G de l’arrêté d’avril 2012).

La règlementation française va évoluer courant 2014. Quelques améliorations de poids ou de distance, mais également des contraintes pour augmenter la sécurité.

Pourriez-vous nous dire quelques mots à propos de la première assemblée générale de la Fédération Professionnelle du Drone Civil  qui a eu lieu au début du mois de Novembre ? De plus, comment expliquez-vous le dynamisme français dans le domaine ?

La Fédération Professionnelle du Drone Civil compte environ 280 adhérents répartis partout en France. Ce sont principalement des constructeurs, des opérateurs et des grands donneurs d’ordres comme SNCF, EDF ou GRT Gaz.

La première assemblée générale de la FPDC a été un succès avec la présente de plus de 150 personnes dans les Salons de l’Aéroclub de France sur Paris. Nous avons voté le renouvellement du bureau, le budget, et l’adhésion des opérateurs à une “charte de bonnes pratiques”. Plusieurs interventions de la DGAC et de UVS International par ailleurs.

Le marché des drones civils est en plein boom avec de fortes perspectives de croissance. Quelles ont été les raisons de cet engouement ?

Cet engouement est lié à plusieurs facteurs avec notamment :

  • La miniaturisation des capteurs et processeurs puissants nécessaires pour la robotique suite au marché de téléphone portable
  • La facilité de planification du vol et la rapidité d'acquisition des données
  • La fiabilité et la précision des résultats obtenus ainsi que leur intégration au sein de processus de travail plus complets GIS ou CAD
  • L'existence de package proposant à la fois les drones mais aussi des logiciels performants pour planifier les vols et traiter ultérieurement les images obtenues.
  • La bonne image du drone en France de manière générale, popularisée par Parrot et l’AR.Drone qui s’est vendu à 500.00 exemplaires
  • La règlementation accessible et qui permet l’opération de drones même pour des investissements réduits (le loisir)

Néanmoins, il faut souligner qu'aujourd'hui en France, le marché du drone en France c’est un marché de “médias / communication”, avec une transition progressive vers un marché industriel.

À court, moyen et long terme que prévoyez-vous pour le domaine du drone civil (vous pouvez également parler de vos prochaines versions/drones, etc.) ?

Ces évolutions potentielles sont nombreuses. En voici quelques-unes :

  • De plus en plus d’automatisation dans des tâches difficiles, moins besoin d’interaction d’utilisateur, jusqu’au niveau de système qui s’intègre à l’infrastructure, se déploient et se rechargent eux-mêmes
  • L'acceptation de cette technologie au niveau public et législatif
  • Des fonctionnalités toujours plus adaptées aux besoins des professionnels selon des thématiques de métiers toujours plus variées
  • Un ré-équilibrage du marché entre les applications “médias” et les applications “industrielles”, les secondes étant appelées à se développer de plus en plus.
  • Une évolution de la structure du marché en lui-même avec le développement d’opérateurs leaders possédant la taille critique nécessaire pour répondre à de grands marchés à l’échelle nationale. Le regroupement d’opérateurs indépendants.
  • Une augmentation des poids et des distances autorisées sous réserve de contraintes de sécurité

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