04 juin 2013
Cette semaine, Géotribu a lancé un nouveau contenu, les GéoInterviews. Le principe est simple, donner la parole à des personnes dont les actions influencent le milieu de la géomatique. Pour cette première, nous avons eu l'honneur d’accueillir David Jonglez qui a récemment rejoint l'équipe Business Developpement de ESRI. Les réponses apportées lors de notre GéoInterview ainsi que la vidéo associée sont présentées dans ce billet.

Tout d'abord, la vidéo :

Présentation générale

1/ Peux-tu te présenter brièvement (âge, études, parcours) stp ?

J’ai 37 ans, suis natif du Nord, mais vis entre la Savoie, ma terre d’adoption et, Paris, pour les affaires. Etant très branché Montagne, j’ai souhaité conserver ce port d’attache alpin, sur le Lac du Bourget.

Après mon école d’ingénieurs (INSA Lyon - 99) j’ai rejoint durant 18 mois une société de conseil en organisation sur Paris, avant de co-créer ce qui deviendra Camptocamp en 2001. Je suis donc tombé dans le chaudron magique de la Géomatique par hasard. J’y ai passé 9 années très riches tant sur le plan de l’entreprenariat, des relations humaines avec les équipes de Chambéry et de Lausanne que sur le plan du Business Development.

J’ai ensuite rejoint ces 3 dernières années Capgemini, pour piloter son centre d’excellence GIS. Mon rôle était, en phase avec la stratégie globale de portfolio d’offres, de faire croître, en France, l’activité en Géo-Informatique de cette grande SSII.

J’ai tout récemment rejoint Esri France pour prendre la responsabilité de son Business Development et ainsi l’accompagner dans sa croissance.

C’est donc un parcours marqué par l’Entrepreneuriat, les technologies Esri et Open Source, avec comme ligne directrice le Business Development.

2/ Quels sont tes domaines d'expertise ?

Tant durant mes études que durant ce début de carrière, j’ai toujours eu un goût prononcé pour le Business Development. Or, pour développer une activité il est nécessaire de bien comprendre le secteur dans lequel on évolue (i.e. l’IT), d’être connecté à l’écosystème de son marché (les clients, les partenaires, les concurrents, les universités, …) et d’être au plus près des évolutions des produits ou services sur ce marché.

J’ai donc une bonne culture technique sans pour autant être développeur ou architecte. Bien entendu mes expériences passées et ma veille active me permettent de bien maîtriser l’offre en technologie géospatiale Open Source et Esri, principalement. J’ai également une bonne vision de l’offre GEO de Google, Pitney Bowes, Intergraph et d’une myriade de sociétés de niche à forte valeur ajoutée.

Mes principaux domaines d’intérêt technologique sont le Web, le mobile, l’offre de services dans le Cloud, la Location Intelligence et les Location Based Services.

Côté Sectoriel, j’ai une forte expertise sur le secteur public et son évolution (Gov2.0, Open Data, …), les transports, les utilities et plus globalement les gestionnaires de réseaux.

Parmi les sujets transverses sur lesquels j’ai développé une bonne expertise, citons notamment, la « Ville intelligente », les « réseaux intelligents », l’ouverture et le partage des données (Inspire, PSI, OpenData) ou encore le management des ressources mobiles.

Parmi les sujets qui m’inspirent le plus en ce moment, notons celui de la révolution des DATA, qu’elles soient Linked, Big, Open, Viz … et bien entendu GEO ; et également l’Analytics et ses évolutions (In-memory, real time, Big Data, …).

Présentation professionnelle

3/ Peux-tu nous décrire ton job actuel ? Qu'est-ce qui te plaît le plus ? le moins ?

Rejoindre Esri France s’inscrit dans la continuité de mon parcours professionnel, ayant pour mission de prendre en charge le Business Development et ainsi d’accompagner la société dans son développement en trouvant de nouvelles opportunités de croissance. J’occupe donc un poste transversal, bien qu’étant rattaché à la direction des technologies.

Ce qui est extrêmement motivant c’est de voir les champs du possible, ou ce qu’appelle Mark W. Johnson le « White Space » (ndlr: Where is your White Space). La gamme Esri est extrêmement large et les nouveautés très nombreuses ! L’offre Cloud d’Esri, ArcGIS Online, encore en pleine construction, offre déjà de très nombreux services adossés à un nouveau modèle économique. Le lancement d’une market place devrait également modifier les frontières de l’écosystème de partenaires Esri. Le lancement massif de solutions de Location Analytics par Esri permet d’aller conquérir de nouveaux territoires. Et c’est sans compter sur le support de données Temps Réel (GeoEvent / Geotrigger - ndlr : voir la vidéo -), l’intégration avec Hadoop pour traiter d’énormes volumes de données ou l’offre en produit 3D.

Autre point particulièrement motivant, la volonté d’Esri de se rapprocher des développeurs. Le lancement du site developers.arcgis.com n’en est que la partie visible de l’iceberg mais illustre une stratégie à destination non plus seulement des géomaticiens, mais également des développeurs de tout horizon, et notamment des start-ups avec un programme d’affiliation qui leur est dédié.

Ce qui est difficile, mais également très motivant, c’est de trouver la bonne RoadMap pour aiguiller Esri France à prendre les bonnes orientations, le moment venu et avec un phasage approprié aux ressources de l’entreprise. Dans le Business Development, c’est certainement ce qu’il y a de plus compliqué (en dehors de toute considération sociale …) mais aussi de plus palpitant.

4/ Comment te vois-tu évoluer professionnellement dans l'avenir/ tes projets ?

C’est encore un peu tôt pour le dire ayant rejoint Esri France il y a à peine 2 mois. Néanmoins, Entrepreneur dans l’âme, je serai toujours en quête de nouveaux défis une fois la mission en cours accomplie. Esri offre un très beau terrain de jeu pour l’avenir.

Questions ouvertes

5/ Quelles sont les raisons qui t'ont poussé/motivé pour rejoindre Esri ?

En premier lieu, je souhaitais rejoindre un éditeur. Bien qu’il existe de nombreux sujets d’innovation et de transformation chez les intégrateurs (au sens, évolution des services et des pratiques, notamment à travers l’impact du Cloud Computing sur ce type d’activité), j’aspire à travailler plus près des grandes évolutions de l’IT et des produits.

Parmi les éditeurs, Esri est le leader, aujourd’hui incontesté, des technologies GEO. Quoi de plus naturel que de vouloir rejoindre le leader :)

Par ailleurs, nos calendriers étaient en phase. Je souhaitais changer de job en ce début 2013 et Esri projetait d’ouvrir ce poste. Ayant construit une relation de confiance ces 3 dernières années, les choses se sont enchaînées assez vite.

Enfin, je pense (et Jack Dangermond (ndlr : fondateur d’Esri) l’a clairement exprimé en mars dernier) qu’Esri est dans un tournant de son histoire : non pas une révolution, mais une évolution « rêvée », bien pensée, il y a environ 10 ans, qui prend réellement forme aujourd’hui à travers sa plateforme ArcGIS, adossée à une large communauté d’utilisateurs et de développeurs.

Cette mutation entraine un changement de culture, déjà perceptible lors du Developer Summit fin mars dernier. Cette évolution entre parfaitement en résonnance avec mon mode de travail, celui que j’ai acquis en ayant travaillé dans l’écosystème Open Source, plus spécifiquement celui de la co-construction, de l’Open Innovation, du partage, ...

6/ D'un point de vue extérieur, la relation entre Esri et le monde de l'Open Source peut paraître ambiguë. Pourrais-tu nous en parler ?

Pour moi, elle est limpide alors qu’elle m’avait paru décalée ces dernières années.

En préliminaire, j’aimerais revenir sur mon expérience personnelle qui illustrera certainement cette maturation d’Esri envers les technologies Open Sources.

Durant plus de 5 ans (entre 2001 et 2006), j’ai milité de manière assez fermée sur un modèle Open Source stricte, prônant le copyleft et les licences GNU GPL-like, jusqu’au jour où j’ai eu l’occasion d’avoir une conversation animée avec l’un des gourou de l’Open Source sur le sujet. Lui était en faveur non pas de « l’Open Source », mais de la liberté et prônait ainsi une approche ouverte, non dogmatique et notamment l’adoption de licences permissives, permettant par exemple à des entreprises commerciales de créer des produits commerciaux à partir de cette souche Open Source sans forcément contribuer en retour. Il m’en a convaincu et depuis, j’ai une vision beaucoup plus ouverte sur l’Open Source que par le passé.

L’Open Source est un formidable vecteur de développement collaboratif ayant permis de décloisonner les développeurs, de les faire coopérer et ainsi d’innover de manière ouverte.

Je pense qu’Esri a compris que l’Open Source pouvait être un modèle bénéfique notamment pour compléter et élargir son offre « produit » mais également pour constituer une communauté de développeurs dynamique et créative.

Ce qui fait qu’Esri se tourne davantage vers l’Open Source que durant ces 10 dernières années (au-delà du financement de certains composants), tient principalement en 2 facteurs.

Le premier, le plus important, c’est l’arrivée de nouvelles personnes dans les équipes de développement, issues de la communauté Open Source, avec comme figure emblématique Andrew Turner, mais pas seulement … Or, ce sont bien les hommes qui feront que cette orientation sera ou non opérée.

Le deuxième, c’est la volonté d’ouvrir au maximum sa plateforme pour permettre à une large communauté de développeurs de créer de la valeur autour de ses produits et maximiser ainsi l’offre de valeur pour les usagers de la plateforme ArcGIS. Le portail developers.arcgis.com est un moyen, le développement de composants open source adossés à la plateforme en est un autre.

Qu’un nouveau venu dans la communauté, d’autant plus le leader mondial de l’information géographique, puisse sinon inquiéter, interroger ou laisser perplexe une partie de la communauté Open Source, c’est normal. Néanmoins, Il serait bon que la communauté OSGeo soit aussi ouverte que les modèles de licence qu’elle prône !

A ce titre, j’ai trouvé la récente lettre ouverte de Chris Holmes assez intéressante, à la fois pleine d’humilité et de bon sens, mais également de « défiance » et de manque de recul. Toute évolution, qui plus est culturelle ou de modèle organisationnel ou économique, nécessite un peu de temps. « Rome ne s’est pas fait en un jour » ! Par ailleurs, le fait qu’Esri fasse davantage d’Open Source ne veut pas dire que tout ce que fait Esri sera publié en Open Source. Ce qui fait sens à être publié en Open Source sont les composants techniques ou métiers conçus autour de la plateforme ArcGIS et apportant de la valeur pour les utilisateurs finaux. Le champ des possibles est considérable et c’est d’ailleurs une très belle opportunité de Business, ouverte sur le monde, pour des entrepreneurs en herbe 

7/ Que penses-tu du débat actuel entre l'OGC et l'OSGEO à propos de l'adoption du standard REST pour les services web géographiques ?

ndlr : pour plus d’informations, consultez les liens suivants:

  •     Le blog de Camron Shorter ainsi que son billet sur le site LISAsoft
  •     La pétition de l’OSGEO contre l’adoption du standard Geoservices REST API
  •     Le mail de Adrian Custer

Certains mails échangés sur la TC list de Open Geospatial Consortium (OGC) ou la Mailing-list de l’OSGeo résument parfaitement le malaise général que vit l’OGC, latent depuis quelques temps, et pour lequel le standard de GeoServices REST a joué le rôle de catalyseur. Je pense qu’au-delà de la finalité de ce standard, ce dernier aura permis de faire parler les membres de l’OGC sur les limites actuelles de cette organisation et je l’espère, dans un avenir proche, de retrouver la paix dans un esprit de co-construction.

L’OGC a presque 20 ans ! et oui … Le travail réalisé jusqu’à maintenant est considérable ! (même si certains développeurs/experts peuvent avoir un regard critique sur de nombreux points concernant les standards existants). Sa mission d’interopérabilité est louable et fondamentale au regard de la nature atomisée de notre marché, de la nature de nos données, placée au cœur d’enjeux territoriaux globaux et de la complexité de nos systèmes et de nos données. Néanmoins, je pense que l’OGC se doit de réfléchir à faire évoluer son organisation et ses processus, seuls garants aujourd’hui de sa crédibilité auprès d’une partie de ses membres et de son développement. De nombreuses propositions ont été faites récemment dans les échanges qui ont suivi l’adoption de ce standard

l’OGC se doit de réfléchir à faire évoluer son organisation et ses processus, seuls garants aujourd’hui de sa crédibilité auprès d’une partie de ses membres et de son développement

Sur le fond du standard de GeoServices REST proposé initialement par Esri, des critiques constructives ont été émises, le processus a été respecté et le vote réalisé.

Deux points du débat sur lesquels je peux apporter un avis :

1- Le standard GeoServices REST recouvre des services déjà couverts par d’autres standards :

Effectivement, il y a un recouvrement. Notons néanmoins que d’autres standards se recouvrent mutuellement. Chacun répondent à des uses cases spécifiques  (WMS/WMTS/WFS) ou implémentent des protocoles particuliers (Simple Features : SQL / OLE-COM/CORBA).

Libre au développeur d’implémenter les services qui lui semble répondre le mieux au cas sur lequel il travaille et qui lui procurent le plus de valeur : performance, flexibilité, …

2- GeoServices JSON vs GeoJSON

Le standard GeoServices REST a été conçu pour permettre de modifier la représentation de la ressource, permettant ainsi de créer un profil GeoJSON dans le futur. Le Groupe de travail de l’OGC n’a pas souhaité intégrer cette déclinaison GeoJSON dans la première version du standard. Par ailleurs, le Json GeoServices est largement utilisé aujourd’hui sur des milliers de serveurs dans le monde et pour les millions de requêtes quotidiennes sur ArcGIS Online, son processus de normalisation paraît donc légitime.

Par ailleurs, pour avoir échangé avec quelques développeurs ayant mis en œuvre les technologies Esri implémentant ces services, tous m’ont vanté sa facilité de mise en œuvre et la flexibilité du standard pour faire face aux problématiques de leurs usagers.

8/ Pour conclure, comment vois-tu la géomatique évoluer dans les prochaines années ?

Vaste question !

Sur le plan du marché …

La concentration du marché est inévitable. La question qui suit est comment la concentration va-t-elle s’opérer ? et sur ce point, ma boule de cristal reste floue … J’ai bien quelques idées en tête, mais je ne me risquerais pas à les partager ;)

Sur le plan des usages …

Sur ce qui est déjà perceptible depuis quelques temps, la démocratisation des usages de l’information géographique est d’ores-et-déjà une réalité. Sa globalisation et sa généralisation n’est plus qu’une question de quelques mois. La localisation est omni-présente. Le déploiement massif des mobiles et l’accès aux données de fond de plan (basemaps) et à des APIs de programmation en sont probablement les principaux vecteurs.

La GEO est véritablement en train de faire son entrée (enfin !!!) dans le monde de l’IT. La « LOCATION » devient une composante universelle et intrinsèque de toute donnée. On ne peut que se réjouir de cette évolution.

La « LOCATION » devient une composante universelle

Dans les tendances moyen termes, la Location Intelligence est une tendance de fond qui va permettre d’adresser plus encore de nouveaux segments de marché comme la grande distribution, les banques et assurances ou encore l’immobilier.

La LI devrait vraiment être boosté par l’ouragan technologique que connait actuellement le monde de l’Analytics. Le Géomarketing tel qu’on le connait devrait fortement évoluer en adressant d’autres populations plus facilement (intégration de la GEO dans les outils bureautiques, apps mobiles, …) et élargir son spectre fonctionnel. De même, le Geo-Décisionnel devrait bénéficier de la montée en puissance des outils de DataViz.

Sur le marché FR, nous voyons une montée en puissance de l’exploitation des LBS dans les activités B2B, ce qui était encore timide jusqu’à présent.

A plus long terme, je vois quelques tendances de fond qu’il faut observer :

La première est quelque chose qui me tient à cœur depuis très longtemps et dont nous voyons les prémices à travers les devices grands publics telle la Google Glass ou la Apple Watch. Il s’agit de la combinaison de produit physique et de l’IT et des nouveaux usages que cela procure. La Localisation devient un élément important sinon structurant du spectre fonctionnel de ces produits de nouvelle génération.

La deuxième est le fait que la GEO peut être embarquée dans une application sans pour autant que cette application soit Géo-centrée. La GEO devient vecteur d’intelligence applicative pour des équipements connectés ou des applications en ligne.

La troisième, est l’internet des objets et le rôle de la localisation de ces objets dans les services rendus.

Sur le plan des métiers de la Géomatique …

La GEOmatique devient de plus en plus géoMATIQUE. Sans renier les sciences fondamentales de la Géomatique, le champs des techniques s’élargit très fortement et devrait encore s’élargir avec la pleine intégration de la GEO dans l’IT.

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